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Origine du nom Ainsi dénommée en l'honneur de la Grande Armée, qui a fait les campagnes du premier Empire ; voisinage de l'Arc de Triomphe de l'Etoile. Histoire de la rue Précédemment, avenue de la Porte Maillot ; antérieurement, avenue de Neuilly. C'était une partie de la route nationale n°13. DP 075 116 18 V0391 61 avenue de la Grande Armée Déclaration préalable Demande du 22/06/18 Favorable Réponse du 01/08/18 Le remplacement d'un kiosque presse. DP 075 116 12 V0302 61 avenue de la Grande Armée Déclaration préalable Demande du 15/06/12 Favorable Réponse du 25/07/12 Le ravalement de la façade sur rue. DP 075 116 11 V0086 61 avenue de la Grande Armée Déclaration préalable Demande du 17/02/11 Favorable Réponse du 08/04/11 Le remplacement de la devanture et du store. DP 075 116 08 V0198 61 avenue de la Grande Armée Déclaration préalable Demande du 25/04/08 Défavorable Réponse du 12/06/08 La modification de la devanture d'une agence bancaire. RV 075 116 01 V0308 61 avenue de la Grande Armée Ravalement Demande du 12/07/01 Favorable Réponse du 12/09/01 DT 075 116 98 V3825 61 avenue de la Grande Armée Devanture Demande du 08/06/98 Favorable Réponse du 21/07/98 Modification de la devanture d'une pâtisserie. RV 075 116 96 P4295 61 avenue de la Grande Armée Ravalement Demande du 17/07/96 Favorable Réponse du 16/09/96 DT 075 116 96 V1732 61 avenue de la Grande Armée Devanture Demande du 25/03/96 Favorable Réponse du 26/04/96 Modification de la devanture d'une brasserie. RV 075 116 94 V7023 61 avenue de la Grande Armée Ravalement Demande du 15/11/94 Favorable Réponse du 21/12/94 DT 075 116 92 V4176 61 avenue de la Grande Armée Devanture Demande du 07/07/92 Favorable Réponse du 19/08/92 Modification de la devanture d'une agence bancaire. RV 075 116 91 V0777 61 avenue de la Grande Armée Ravalement Demande du 18/02/91 Favorable Réponse du 22/03/91 DT 075 116 89 V3378 61 avenue de la Grande Armée Devanture Demande du 18/07/89 Favorable Réponse du 12/09/89 Modification de la devanture d'une boulangerie. DT 075 116 88 V9378 30 rue Le Sueur Devanture Demande du 27/12/88 Favorable Réponse du 17/02/89 Modification de la devanture pour l'aménagement d'un salon de coiffure.

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LAGRANDE ARMEE, société anonyme à conseil d'administration, au capital social de 38112,25 EURO, dont le siège social est situé au 22 RUE DE LA FEDERATION, 75015 PARIS, immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 413703810 représentée par M Renaud VERCOUTER agissant et ayant les
Siège social de Loxam. Le petit + galerie d'art gratuite au Rdc ouverte de 14h30-18h30 en semaine IdentifiantPSS #3925. Nom L'immeuble Bleu. Noms alternatifs Immeuble Maillot Malakoff. Ville Paris (75000), France. Quartier 16e arrondissement. Adresse (s) 83-89, avenue de la Grande Armée ; 152-164, avenue de Malakoff. Coordonnées 48° 52’

1Pour éprouver Jésus, un docteur de la Loi lui demanda ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle. Jésus l'oblige à se rappeler le premier commandement - Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force» cf. Dt 6,4-5 - et le second, qui lui est semblable tu aimeras le prochain comme toi-même» Mt 22, Mais, voulant se justifier, le docteur de la Loi demanda Et qui est mon prochain ? » Jésus lui répondra par la parabole du bon Samaritain Lc 10,25-37 le prochain» n'est ni le prêtre ni le lévite, qui refusent tous deux de s'arrêter devant l'homme laissé à demi-mort par les brigands, mais un Samaritain - un étranger, membre d'un peuple venu d'ailleurs et ayant osé ériger un sanctuaire en dehors de Jérusalem - parce qu'il a exercé la miséricorde envers lui». 1 DANIEL-ROPS, L’Église de la cathédrale et de la croisade, Paris, Lib. Arthème Fayard, 1952, p. 42. 2Le Moyen Âge n'aura pas retenu cette leçon. Valorisant le même et rejetant le différent, la mentalité médiévale se méfie de l'étranger dans lequel elle redoute la possibilité d'un conflit par affrontement de deux identités contraires. Bientôt confondu avec l'Autre», le Païen, identifié facilement à l'ennemi qu'il faut combattre, l'étranger n'est pas vraiment un prochain». D'ailleurs, l'idée de chrétienté», forgée avec l'Empire carolingien puis ottonien, développée avec la réforme grégorienne et parvenue à son apogée au XIIIe siècle, avec Innocent III, insiste sur ce qui rapproche les chrétiens, en estompant les différences. Peuple de Dieu», la chrétienté est une communauté sans liaison nécessaire avec un cadre géographique, à l'intérieur de laquelle tous les membres se sentiront chez eux1». 3Si, virtuellement, la Chrétienté est cosmique là où il y a des baptisés, là il y a Chrétienté, les chrétiens plus éloignés, ceux qui diffèrent par la langue, les mœurs, le rite, voire certains aspects du dogme, en font-ils vraiment partie, sont-ils vraiment des prochains qu'il faut aimer comme soi-même? 4Je me propose ici de montrer, à partir des chroniques de la quatrième croisade écrites par Clari et Villehardouin, dans quelle mesure Occident et Orient peuvent se connaître. La perspective ne serait pas complète si la vision des Occidentaux sur les Byzantins n'était pas complétée et corrigée par celle des Grecs, grâce aux chroniques de Nicétas Choniatès et de Georges Akropolitès. Une relation difficile 5Tracer l'histoire des relations entre Byzance et l'Occident excéderait de beaucoup l'espace d'un article. Contentons-nous de rappeler que l'effondrement de l'Empire Romain d'Occident et les changements de la configuration géopolitique qui s'ensuivirent invasions barbares», avancée foudroyante de l'Islam, etc. vont dresser une barrière entre Occident et Orient. La communication entre les deux espaces devient de plus en plus difficile. On ne se comprend plus. Les Occidentaux, même les plus instruits, ignorent le grec et, à partir du XIe siècle, on retrouve l'adage grœcum est, non legitur. De leur côté, les Byzantins, qui se désignent comme Romains» et se jugent les seuls héritiers de la tradition impériale, ne cherchent pas à connaître les espaces extérieurs à l'autorité de l'Empire. Ils confondent chrétiens et païens dans une Barbarie» périphérique, au sein de laquelle il n'y a pas de différence essentielle entre Barbares d'Occident» et Barbares d'Orient». 6De plus en plus séparés, les deux espaces vont évoluer chacun de leur côté. Une suite de rivalités feront monter la tension et élargir le fossé entre Rome et Byzance. Le concile de Chalcédoine 451 accorde au patriarcat de Constantinople le second rang après Rome, jugeant avec raison que la ville qui est honorée de la présence de l'empereur et du Sénat [...] est comme [Rome] grande dans les affaires ecclésiastiques, étant la seconde après elle» canon 28. Le patriarche de Constantinople s'appelle œcuménique», provoquant les protestations de Grégoire le Grand 593. L'alliance de la Papauté avec les premiers Carolingiens, la constitution des États pontificaux par l'attribution au pape de Ravenne, vassale de l'Empire, et, surtout, le couronnement de Charlemagne à Rome comme empereur d'Occident suscitent un fort mécontentement à Byzance. La crise photienne 859-880, sur le contrôle des nouvelles chrétientés et sur la primauté romaine, envenime encore les relations. Le schisme de 1054, avec l'excommunication réciproque du patriarche Cérulaire et des légats pontificaux, n'est que le terme prévisible d'une longue suite de mésententes. La séparation n'est toutefois pas encore ressentie comme définitive. Les Occidentaux, surtout les marchands italiens, sont bien accueillis à Byzance et n'y sont pas traités comme étrangers. Cependant, peu à peu, une image préformée de l'autre tend à s'imposer les Grecs identifient les Latins à des Barbares illettrés et cupides, coalisés contre Byzance qu'ils jalousent; les Latins s'irritent devant le rituel sophistiqué de la cour impériale et le discours diplomatique précieux des Grecs, jugés effeminés à force d'être civilisés et perfides». Des deux côtés, la perception de l'autre s'entretient à la fois de méfiance et de fascination. 2 Ibid., p. 537. 3 Quand il s’agit de combattre, les Latins sont irrésistibles. Pourtant, si les adversaires les attaq ... 4 Pour désigner les Occidentaux, Anne emploie indistinctement les termes Latins », Francs » et ... 5 Pour chaque chef croisé Anne rapporte une histoire qui atteste l’amour du lucre. 7Les grands déplacements humains vers l'Orient, suscités par les croisades, allaient-ils permettre, en mettant en présence» les deux mondes, une meilleure connaissance de l'autre et en corriger l'image préformée? Au contraire, mettant en contact les raffinés Byzantins et les rudes guerriers d'Occident, elle aboutit très vite à l'incompréhension, aux froissements, à l'hostilité2 ». Anne Comnène, fille et historien de l'empereur Alexis Ier, est un bon témoin des lieux communs déjà installés des deux côtés. Si la princesse reconnaît la bravoure incontestable des Latins, leur fougue au combat3, elle n'en ignore pas l'inconstance, l'arrogance, le mépris des engagements pris. Si le Basileus redoute les nombreuses troupes franques4 en marche vers l'Orient, c'est qu'il connaissait leur élan irrésistible, leur caractère instable et versatile [...]; il savait qu'ils ont toujours la bouche ouverte devant les richesses et qu'à la première occasion on les voit enfreindre leurs traités sans scrupules» t. II, X, v, 4, p. 206-207. Anne se fait aussi l'écho des griefs des Latins contre les Grecs, pour les réfuter. L'accusation de perfidie», de manquement à la parole donnée, n'est pas fondée si l'empereur n'a pas accompagné les croisés avec les siens, comme il l'avait promis, pour marcher ensemble sur Jérusalem, c'est qu'il n'a pas voulu manifester l'infériorité de ses troupes ». Il a assuré en échange le ravitaillement de leurs armées, leur a donné de bons conseils t. II, X, v, 9; ix, 11, de l'argent et des cadeaux t. III, XI, VIII, 5. En somme, pour les Orientaux, les croisés ne sont que des brutes rapaces». De leur côté, malgré le serment de fidélité vassalique prêté à Alexis Ier pour toutes les terres à reconquérir aux Musulmans, les Occidentaux rendent Nicée mais gardent Édesse et surtout Antioche. 8Le contact entre les deux mondes avait surtout révélé aux yeux éblouis des frustes guerriers venus du couchant l'immense richesse de Constantinople, soit son principal tort». C'est la convoitise qui, selon Anne Comnène, motive cette grande ruée vers l'Orient. Les Latins qui [...] convoitaient depuis longtemps l'empire romain et voulaient s'en emparer [...] provoquèrent ce grand mouvement en trompant les plus honnêtes» t. II, X, vi, 7, p. 2125. Dans ces conditions, la méfiance de l'empereur est justifiée connaissant bien ses soi-disant alliés », il prévoyait leur inconstance et le manque de foi de ces hommes, prêts à vendre leurs femmes et leurs enfants pour une obole t. III, XI, ii, 2, p. 11. Les participants à la première croisade qui passent par Constantinople en donnent d'ailleurs une description émerveillée, tel Foucher de Chartres, auteur d'une Histoire de Jérusalem 6 Cité par J. LE GOFF dans La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Arthaud, 1964, p. 181. Quelle noble et belle cité est Constantinople ! Combien on y voit de monastères et de palais construits avec un art admirable ! Que d'ouvrages étonnants à contempler sont étalés dans les places et les rues ! Il serait trop long et trop fastidieux de dire en détail quelle abondance de richesses de tout genre, d'or, d'argent, d'étoffes de mille espèces et de saintes reliques on trouve dans cette ville6. 9Faut-il alors s'étonner que, lors de la deuxième croisade, Manuel Comnène ait conspiré avec les Turcs contre l'empereur Conrad III ou que les relations avec Louis VII et ses Français furent si mauvaises que le Capétien forma le dessein de s'emparer de Constantinople? D'autre part, la prospérité des marchands italiens établis dans la capitale de l'Empire suscita des jalousies au point que le même Manuel se vit dans l'obligation d'expulser les Vénitiens en 1171, ce qui n'arrêta pas la réaction xénophobe des Byzantins et le massacre des Occidentaux résidant à Constantinople, perpétré en 1182. La haine monta des deux côtés pour venger le massacre des Latins, les Normands se livrèrent au pillage de Thessalonique; l'empereur Isaac II l'Ange, à son tour, traitait avec Saladin contre les croisés. La proximité permet enfin aux Orientaux et aux Occidentaux de prendre conscience de leurs différences religieuses. Si Anne Comnène souligne à plusieurs reprises que c'est leur foi chrétienne qui vaut aux croisés la faveur populaire et l'aide impériale, malgré la transgression des engagements pris, si elle ne mentionne pas la question des pains azymes ni celle du Filioque, si même elle ne qualifie jamais les Latins d'hérétiques, elle se montre beaucoup moins favorable au clergé latin, jugé trop engagé dans les affaires politiques et militaires. Latins et Grecs ne se font pas en effet la même idée de la fonction sacerdotale. 10Le prêtre grec, parce qu'il est consacré, doit se garder de s'impliquer dans les affaires du siècle. Au contraire, le barbare latin à la fois participe aux divins mystères, passe le bouclier au bras gauche, et du droit tient une lance ; en même temps qu'il communie au corps et au sang divins, il est spectateur de carnage et devient un homme de sang [.]. Telle est cette espèce barbare de prêtres qui sont tout autant des guerriers» t. II, X, viii, 8, p. 218. La princesse est également très sévère au sujet des prétentions du pontife romain à la primauté universelle, ce qui n'est d'ailleurs qu'arrogance de [sa] part» lorsque le siège de l'empire fut transféré à Constantinople, du même coup fut transféré le premier rang dans la hiérarchie épiscopale» t. I, I, xiii, 4, p. 48. Par une ironie du sort et la politique aidant, ce qui aurait dû rapprocher les deux espaces achève de les séparer. Le choc » de la quatrième croisade 11C'est dans ce contexte que survient la quatrième croisade. Prêchée par Foulques de Neuilly et divers prédicateurs populaires, l'expédition eut pour chef Thibaut III de Champagne, remplacé après sa mort par Boniface de Montferrat, Baudouin de Flandre, le comte de Saint-Pol et Geoffroy de Villehardouin. Le véritable initiateur en fut Innocent III 1198-1216, le plus grand pape du Moyen Âge. Le pontife qui allait porter la papauté au faîte de sa puissance considérait comme un devoir de délivrer la Terre Sainte. Il souhaitait que la chrétienté entière participât à cette entreprise et, pour assurer la pleine harmonie entre l'Empire d'Orient et l'Occident, jugeait que le premier devait se soumettre à l'autorité pontificale. 7 Villehardouin en fait grief à ceux qui préférèrent aller s’embarquer ailleurs, contribuant ainsi à ... 8 GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN, La Conquête de Constantinople XVII, 90, dans A. PAUPHILET, Historiens ... 12Les événements qui ont présidé à la quatrième croisade et abouti au sac de Constantinople sont bien connus. Comme les croisés étaient incapables de payer aux Vénitiens la somme de 85 000 marcs exigée pour la traversée7, le doge Henri Dandolo leur proposa de les en tenir quittes à condition qu'ils prennent pour les Vénitiens la cité de Zara, leur concurrente de la côte dalmate, vassale du roi de Hongrie. En vain l'abbé de Cîteaux leur enjoignit, de par l'apostole de Rome de ne pas assaillir cette cité, car ele est de crestiens et vos estes pèlerins8». Le doge se montre inflexible. Les croisés se lanceront à l'assaut de Zara en chantant Veni Creator Spiritus. Et trestout, et grant et petit plorerent de pec [émotion] et de le grant goie qu'i eurent» Clari, La Conquête de Constantinople, XIII, 62. 13Ce fut le premier détournement de la croisade et les foudres de l'excommunication pontificale allaient tomber en vain. Sur ces entrefaites survient le jeune Alexis, fils de l'empereur Isaac II, que son frère, Alexis III, avait fait détrôner et aveugler. Les récits des deux chroniqueurs divergent sur ce point. Alors que, selon Villehardouin, le roi Philippe de Souabe, beau-frère du vaslet, envoie des messagers auprès des croisés pour leur demander de rétablir sur son trône le souverain légitime XIX, Clari dit que le doge Dandolo aurait fourni aux croisés une raisnavle acoison» [bonne raison] d'aller en Grèce et de prendre viandes en le terre et autres coses» [d'y prendre des vivres et autres choses] XVII, 66. Les deux chroniqueurs sont pourtant d'accord quant aux conditions de l'aide Alexis promettait aux croisés 200 000 marcs, des vivres, des soldats qui se joindraient aux Latins pour aller ensemble sur Jérusalem. Villehardouin est le seul à mentionner la promesse, faite par le roi Philippe au nom d'Alexis, de mettre tot l'empire de Romanie à la obedience de Rome, dont ele ere partie pieça» XIX, 92. Si Clari affirme que les croisés allèrent chercher en Allemagne le jeune Alexis en lui promettant de le rétablir en ses droits, pour che qu'il eussent acoison d'aler en le tere de Constantinoble» XXIX, 90, le jeune prince leur promettant quanque il vaurroient » [tout ce qu'ils voudraient] XXXII, 92, il ne mentionne pas la question de l'unité des deux Églises. En vain l'abbé de Vals, de l'ordre de Cîteaux, avertit les croisés qu'ils ne devaient pas s'attaquer aux Grecs, que ce ere sor crestiens» Villehardouin, XX, 93, en vain le pape interdit, en mai 1203, d'envahir les terres de l'empire 9 Epist. 6, 101, dans A. FLICHE et V. MARTIN, Histoire de l’Église, t. X, La Chrétienté romaine, Pari ... Que nul de vous ne se flatte d'avoir le droit d'occuper ou de piller le territoire des Grecs. Il aura beau dire que cette terre n'est pas soumise à l'Église romaine, que l'empereur qui la détient et qui a fait crever les yeux à son frère est un usurpateur [...] Ne consacrez vos forces qu'à délivrer la Terre Sainte et à venger l'injure du Crucifié. S'il vous faut butin et conquête, prenez-le donc sur le Sarrasin, notre véritable ennemi9. 14L'irréparable était accompli le 17 juillet 1203, après un premier assaut, l'usurpateur Alexis III s'enfuit, Isaac et son fils sont rétablis. 15Mais, chose prévisible, les relations entre ces alliés de fortune» allaient vite mal tourner les Latins, hautains, traitent les Grecs en conquis et exigent le paiement de la somme due. Humiliés et inquiets par la présence de ces occupants rapaces, les Grecs ne vont pas tarder à se révolter sous l'instigation d'Alexis Doukas, dit Murzuphle, qui fit d'ailleurs supprimer les deux empereurs. Furieux, les croisés ripostèrent après trois jours d'assaut, ils s'emparèrent de Constantinople le 13 avril 1204. Ce fut le plus grand pillage du Moyen Âge. 10 Epist. 8, 126, adressée au légat Pierre de Saint Marcel, dans P. CHRISTOPHE, 2000 ans d’histoire de ... 16Innocent III laisse éclater son indignation contre les exemples de perversité» et les œuvres des ténèbres» des Latins qui ne laissent point espérer le retour de l'Église grecque à l'unité10. L'Empire byzantin allait cesser d'exister durant 60 ans, remplacé par un éphémère Empire Latin d'Orient et par une multitude de royaumes et principautés » le royaume de Thessalonique donné à Boniface de Montferrat, le duché d'Athènes attribué à Otton de la Roche, la principauté d'Achaïe-Morée adjugée par Geoffroy de Villehardouin. 17L'idée absurde de transposer en Orient le système féodal d'Occident réduisait les Grecs à un statut d'infériorité. Non moins désastreuse fut la tentative d'imposer dans les territoires conquis la juridiction ecclésiastique de Rome et le rite latin. La hiérarchie latine, artificiellement établie, n'avait aucune autorité sur les fidèles indigènes cette tentative d'union forcée des deux Églises creusera un fossé infranchissable entre les deux mondes, que les tentatives ultérieures de dialogue, dictées surtout par des raisons politiques, n'arriveront pas à combler. 18Pour longtemps, on peut le constater encore aujourd'hui, Occident et Orient allaient devenir des étrangers », chacun opposant à son partenaire non le visage fraternel du prochain» mais celui inquiétant de l'autre». Avant de déchiffrer dans les textes les divers visages de l'autre, arrêtons-nous un instant sur le sens de la croisade pour trouver une éventuelle explication du détournement de la quatrième. 11 La Crociata, mito politico », dans Studi sulla storia e sull’idea di crociata, Roma, Jouvence, 19 ... 19L'un des historiens les plus avisés du phénomène de la croisade, Franco Cardini, rappelle que cette entreprise de la chrétienté synthétise dans une forme inédite deux pratiques qui existaient depuis quelque temps déjà la guerre contre les musulmans, menée sub vexil-lium sancti Petri en Espagne, en Italie méridionale, et la peregrinatio pœnitentialis11. 12 Epist., PL 132, c. 566, 653. 20Appelant les chevaliers d'Occident à libérer la Terre Sainte, Urbain II n'avait d'autre visée que de récupérer ces territoires, berceau du christianisme. Une croisade ayant un autre but que la terra sanctissima était inconcevable. Le grand théoricien et apologiste de la croisade, Bernard de Clairvaux, rappelle que la terre où Jésus est né, où il a accompli des miracles et a subi sa Passion, est hereditas Dei, terre promise dont les chrétiens sont les héritiers légitimes. Il est donc juste et nécessaire que l'héritier défende son héritage et se le voie restituer. Modèle de la guerre juste, dans la conception de saint Bernard, la croisade est voie de purification et forme de pénitence12 ». 13 Le Décret de Gratien 1140 affirmait que les hérétiques et les schismatiques pouvaient être contra ... 14 LE GOFF, La Civilisation…, p. 179. Il est vrai que la justification officielle de l’extension de la ... 21La croisade pose toutefois la paix à l'intérieur de la chrétienté et la guerre en dehors d'elle, par confrontation avec les païens. Mais, à l'intérieur de la chrétienté, il y avait également des chrétiens séparés, excommuniés et schismatiques, situés par leur propre choix à l'extérieur du corpus christianorum dont ils devenaient les ennemis. Ces chrétiens » étaient-ils encore des prochains » ? Depuis que le pape Grégoire VII avait traité d'hérétique quiconque n'était pas soumis au siège apostolique, les canonistes allaient affirmer qu'enlever la vie à un excommunié était moins grave que de tuer un infidèle13. Déjà, lors de la deuxième croisade, l'évêque de Langres exhortait le roi de France Louis VII à s'emparer de Constantinople, arguant que les Byzantins n'avaient de chrétien que le nom». Une faction importante de l'armée occidentale se rangeait à cet avis, estimant que les Grecs n'étaient pas chrétiens et que les tuer était moins que rien14». Visages de l'autre L'autre méconnu 22Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les deux côtés présentent une image stéréotypée de l'autre, dominée par une vision préformée, les lieux communs, la méfiance et la peur de ce qui est différent. 15 Voir aussi XXXVII, 110. 16 Bateaux de charge, permettant d’embarquer des chevaux. 23Pour Villehardouin, les Grecs sont lâches». Ils reculent devant le combat lorsqu'il s'agit de défendre leurs positions - et quant ce vint as lances baissier, li Grieu lor tornèrent les dos si s'en vont fuiant, et lor laissent le rivage » [mais quand vint le moment de baisser les lances, les Grecs leur tournèrent le dos et leur abandonnèrent le rivage] XXXI, 105 -, même s'ils sont dix fois plus nombreux que leurs adversaires et nus de la cité n'issi fors encontre eus, et fu mult granz merveille, que por un que il estoient en l'ost, estoient-ils dui cent en la ville » [et personne dans la cité ne sortit contre eux, et ce fut grande merveille, car pour un seul homme de l'armée croisée, ils étaient deux cents dans la ville] XXXIII, 10715. Lâcheté encore plus méprisable, selon Clari, lorsqu'elle s'accompagne de vantardise. Jaloux des faveurs et de la confiance que l'empereur Manuel Comnène avait témoignées aux Français, ses sujets le pressent de les éloigner, protestant de leur fidélité et de leur capacité à défendre leur seigneur envers et contre tous. Mais lorsque l'empereur leur demanda qu'il s'armaissent et qu'i li aidaissent a corre sus les Franchois», voyant les Français s'avancer en bon ordre de bataille, li Grieu eurent molt grant paour des Latins que il virrent si aprochier d'aus [...] si tornent en fuies, si laissent l'empereur trestot seul» XVIII, 70. Plus tard, lors du premier siège de la cité, les Grecs qui estoient venu au rivage desfendre, [...] s'estoient vanté à l'empereeur [Alexis III] que ja n'i arriveroient li pelerin tant comme il i fussent» XLIII, 110. Il suffit que les chevaliers sortent de leurs huissiers16 et donnent la chasse aux Grecs pour que ceux-ci s'enfuient à l'intérieur de la cité. Un peu plus tard, à la seule vue des garçons de cuisine si laid et si hideus », que les chevaliers avaient eu l'idée de faire armer de divers instruments de cuisine, la pietaille l'empereur [...] si en eurent grant peur et grant hisde [horreur] que onques ne s'oserent mouvoir, ne venir vers aus» XLV, 116. Les chefs des Grecs sont les premiers à prendre la fuite, en dépit de leur supériorité numérique évidente. À la vue des troupes franques chevauchant ferme contre ses hommes, Alexis III fut si ébaubi [ébloui] et si esbahi» qu'il ne trouva d'autre solution que la fuite, même si les Latins, trop éloignés, n'avaient pas l'intention de marcher contre les troupes de l'empereur XLVIII, 122. La couardise n'empêche pas les Grecs de se montrer grossiers lors du second siège de Constantinople, au terme d'une première attaque échouée des croisés, ils monterent seur les murs et avaloient leur braies et moustroient leur leurs culs » [montèrent sur les murs, baissèrent leur culotte et leur montrèrent leur derrière] LXXI, 154. Quant à l'usurpateur Alexis Murzuphle, il eut le front d'affirmer aux siens qu'il avoit desbareté [mis en fuite] et desconfit seigneur Henri [frère de Baudouin de Flandre] et sa gent», alors qu'il s'était retiré en catastrophe, laissant entre les mains des Français une icône de Notre Dame réputée assurer la victoire en bataille. Il finira par s'enfuir misérablement Quant Morchofles li traitres vit qu'il ne fuiroient nient [...] si eut si grant peur qu'il laissa ses tentes et ses juiaus illuec [abandonna sur place ses tentes et ses joyaux], si s'en fui avant en le chité », bientôt suivi par ses soldats LXXVIII, 164. 24Quant aux Occidentaux, ils sont tous des preux. Rappelons la fougue d'Aleaume de Clari, frère du chroniqueur, qui, attaqué de tous côtés par les Grecs, si sake le coutel [tira son coutelas], si leur keurt sus, si les faisoit aussi fuir devant lui comme bestes » LXXVI, 162. Mentionnons encore André Durboise qui, selon le même Clari, sans se décourager par la rude résistance des assiégés, grimpe sur une tour de la ville et met à lui seul en fuite les soldats byzantins. 17 O City of Byzantium. Annals of Niketas Choniatès, trad. Harry J. Magoulias, Detroit, Wayne State Un ... 18 Nikita CHONIATÈS, dans Izvoarele istoriei Românilor, vol. III, Scriitori bizantini sec. XI-XIV, é ... 19 CHONIATÈS, O City of Byzantium, p. 314 Je traduis. 20 AKROPOLITÈS, dans Izvoare…, p. 401. 25Il faut reconnaître que les Grecs se montrent plus objectifs sur la valeur militaire de leurs adversaires. Nicétas Choniatès écrit qu'ils sont mis en fuite par la haute taille des Latins, de Pierre d'Amiens notamment, et par la forme insolite de leurs heaumes il était impossible de les fixer du regard, tellement leur forme était horrible à voir17. Plus tard, après la chute de Constantinople, il affirmera encore que les Latins, habiles au combat et toujours prompts à l'attaque», feront tuer beaucoup des gens de Johannitsa le Blaque en Thrace. Lors du siège de Russion, en février 1206, l'armée des Latins, formée de gens de haute taille et admirables au combat», sera vaincue par les Scithes au terme d'un affrontement où les uns et les autres combattirent avec un égal courage18». Il est sans doute plus réconfortant de se savoir vaincu par un adversaire vaillant. Choniatès reconnaît toutefois que ses concitoyens abandonnent aussitôt la partie ils n'essaient même pas de résister aux assaillants. L'empereur Alexis III montera dans les appartements de l'impératrice et ne s'armera que lorsqu'une partie de la ville sera déjà en flammes. Plus tard, lors de l'attaque décisive contre la cité l'ennemi [...] ne trouva personne à s'engager ouvertement dans la bataille ou à prendre les armes afin de résister19 ». Georges Akropolitès ajoute qu'au siège d'Andrinople seule une ruse peut venir à bout des Italiques ». Ceux-ci ont l'habitude de chevaucher de fiers destriers, le corps entièrement couvert d'armures et, pour cette raison, sont lourds lorsqu'ils sont attaqués20». 21 Peut-être parce qu’il est présenté par les croisés, le jeune prince est du côté des ennemis, devenu ... 26Cependant, les deux chroniqueurs français retiennent la déloyauté pour trait dominant de leur portrait générique des Grecs. Dans sa longue digression qui restitue les événements déroulés à Byzance pendant la seconde moitié du XIIe siècle XVIII-XXVIII, la chronique de Clari abonde en noires trahisons, celles d'Andronic XXI ou d'Alexis, comblé de bienfaits par son frère Isaac XXVII et XXVIII ; en violences, avec le viol et l'enlèvement de la princesse Théodora par son cousin Andronic ; en crimes innombrables le même Andronic assassina le jeune empereur et fist tant de si grans desloiautes que onques nus traitres ne nus mourdrissierres [meurtriers] tant n'en fist» XXI, 74. Alexis III est un usurpateur, qui tient sa terre à tort et à pechié, contre Dieu et contre raison», comme le lui rappelle Conon de Béthune Villehardouin, XXIX, 103, dans un discours qui fait preuve d'une égale opacité à l'autre, car il s'appuie essentiellement sur les valeurs de la fidélité féodale, telle que la concevaient les Occidentaux. Les Grecs refusent de reconnaître leur seignor naturel», le prince Alexis, que le doge de Venise et Boniface de Montferrat exhibent» dans une nef qui longe les murs de Constantinople Villehardouin, XXX, 103 ; ils répondent qu'il nel reconnoissoient mie à seigneur et qu'il ne savoient qui il estoit» Clari, XLI, 10821. Ils ne respectent pas leurs engagements à l'instigation de Murzuphle, Alexis IV refuse de payer aux croisés la somme convenue. Enfin, ils acceptent, sans réagir, de voir leurs empereurs trahis et tués Murzuphle va s'emparer d'Alexis alors que celui-ci dormait, le fera jeter en prison, tentera deus foiz ou trois emposoner; et ne plot Dieu que il morut» XLVIII. Alors il le fit étrangler, chauça les houses vermoilles [chaussa les bottes vermeilles] par l'aide et par le conseil des autres Grecs. Si se fist empereor». Villehardouin de conclure Or oïez se onques si orrible traïsons fu faite par nule gent» XLVIII, 121. Murzuphle sera à son tour aveuglé et connaîtra une mort ignominieuse Clari, CIX, 204; Villehardouin, LX, 133 et LXVIII, 141. 22 Jean DUFOURNET, Les écrivains de la IVe croisade. Villehardouin et Clari,2 vol., Paris, Presses Uni ... 27En somme, les Grecs sont constants dans la déloyauté li Grieu n'orent mie la felonie fors de lor cuer, qui mult estoient desloial» Villehardouin, LXXXIV, 147 et on ne peut faire confiance à des gens qui si desloiaument traïssoient li uns l'autre» LXI, 133. Jean Dufournet observe à juste titre que cette insistance sur la mauvaise foi des Grecs serait censée expliquer pourquoi les Occidentaux leur ont refusé les postes de responsabilité et les ont traités de suspects22. 28Traîtres qui abandonnent leurs empereurs légitimes, passent à l'ennemi, ne respectent pas la parole donnée, traîtres surtout parce qu'ils se sont soustraits à l'autorité de Rome, car anchienement avoient esté kil de le chité obedient a le loi de Rome, et ore [...] il disoient que li lois de Romme ne valoit rien, et disoient que tout kil qui i crooient estoient chien» Clari, LXXII, 154, les Grecs ne méritent aucune pitié. Leur faire la guerre, prendre leurs terres n'estoit mie pechies, ains estoit grans aumosnes [mais au contraire une œuvre très charitable] » 156, comme le rappellent les évêques » aux pèlerins avant le second assaut de Constantinople, pour apaiser leurs scrupules la bataille estoit droiturière, car il estoient traiteur et mordris-seeur, et qu'il estoient desloial quant il avaient leur seigneur droiturier mordri [assassiné], et qu'il estoientpieur que Juis » LXXIII, 156 - je souligne. Selon son habitude, Villehardouin rapporte l'événement en termes plus pondérés Porquoi nos vos disons [...] que la bataille est droite et juste; et se vos avez droite entention de conquerre la terre et mettre à l'obédience de Rome, vos arez le pardon tel com l'Apostoiles le vos a octroié XLVIII, 121- je souligne. C'est la première fois que l'argument de la différence religieuse est invoqué, et non la trahison fomentée par Murzuphle contre les souverains légitimes», pour justifier la prise de Constantinople par les croisés. 23 CHONIATÈS, O City of Byzantium, p. 316. 24 Ibid. 25 Ibid. p. 331. 29On n'est pas plus tendre du côté grec. Choniatès raconte que les croisés, accueillis par la population avec des branches de lauriers et des icônes, ne feront preuve d'aucune pitié et s'adonneront à tous les sacrilèges églises profanées, objets de culte volés, l'autel de Sainte Sophie démembré, richesses de l'église pillées. Les Latins ne laissent derrière eux que ruine et désolation sans faire preuve du moindre sentiment d'humanité, ils saisirent argent et biens, maisons et vêtements, ne laissant à personne rien de ses biens23 ». Si les Grecs ont été punis pour leurs péchés, les croisés, sous prétexte de délivrer le Saint Sépulcre, se sont ouvertement déchaînés contre le Christ et ont péché en faisant chavirer la Croix par la croix qu'ils portent sur leurs épaules [...] Les fils d'Ismaël n'ont pas agi de la sorte24». Étrangers à la pitié, les Latins ne connaissent pas les limites de leur faiblesse et se montrent arrogants envers Celui qui les a rendus forts. S'allier avec eux, comme l'ont fait après la conquête certains concitoyens de Choniatès, fut une erreur car il était mal de servir les Latins dont la langue diffère de celle des Grecs, qui sont cupides par nature, dont l'œil est privé de discernement, l'estomac insatiable, l'âme violente et pleine de courroux, dont la main est toujours prompte à saisir l'épée25 ». 26 Izvoare…, p. 315. 27 O City of Byzantium, p. 297. 28 Izvoare…, p. 301. 30Cette image projetée sur l'autre empêche de le connaître réellement. Lors de la révolte des Byzantins d'Arcadius contre les Latins, après la conquête de Constantinople, les Romains » prennent pour peur la prudence des Latins. Ils seront sévèrement déconfits et Choniatès rappelle que ce jour-là offrit une image digne de pitié et de désolation26». L'autre refusé, diabolisé, acquiert des dimensions cosmiques. Ce ne sont pas la faiblesse militaire et les intrigues politiques des Grecs, ce ne sont pas non plus la convoitise des Occidentaux et leur technique militaire supérieure qui déterminent la victoire des uns et la défaite des autres. Des deux côtés, c'est la volonté même de Dieu qui décide de la chute de Constantinople. Rien ne retarde le voyage des croisés, le temps leur est favorable et surtout ils savent que Constantinople est une autre Sybaris, célébrée pour son penchant aux plaisirs27». Les événements qui précèdent de quelques années la prise de Byzance sont autant de signes du maléfique pouvoir qui menait inexorablement à sa perte l'État des Romains28 ». La conquête de la cité est en somme une punition pour les péchés du peuple. À titre d'exemple, le chroniqueur mentionne le geste impensable de l'empereur Isaac ne pouvant honorer les engagements pris par son fils Alexis vis-à-vis des croisés, il ordonnera de faire fondre l'or des icônes, sacrilège qui appelle et justifie les malheurs à venir. Clari, à son tour, parle explicitement de miracle de Dieu LXXIV, 160 à propos de l'exploit de Durboise. La Providence» est omniprésente dans la chronique de Villehardouin. C'est sur elle qu'il rejette la responsabilité de la déviation et de l'enlisement final de l'expédition. 31Dans ces conditions, le dialogue est impossible. L'aveuglement à l'égard de l'autre empêche de le voir» réellement. On se trouve, tel le prince Alexis, devant des murs imprenables, renforcés de chaînes. On les longe mais l'entrée en est défendue. On se regarde des deux côtés avec une sorte de fascination sans se voir vraiment 29 À remarquer toutefois que le regard des Grecs est retenu par la flotte des croisés, si bien équipée ... Quant chil de Constantinoble virent chel estoire [flotte] qui si estoit belement apareilliés, si l'eswarderent a merveille, et estoient monté seur les murs et seur les maisons pour eswarder chele merveille ; et chil de l'estore eswarderent le grandeur de le vile, qui si estoient longue et lee, si s'en remerveillerent molt durement Clari, XL, 106 - je souligne29. L'autre imaginé 30 L’adjectif riche » et les mots de la famille merveille » dominent dans les chapitres LXXXI-XCII ... 32L'autre serait-il voué à rester méconnu? Si, pour l'essentiel, la méfiance domine des deux côtés, on assiste, chez Robert de Clari notamment, à une timide tentative de découvrir l'autre. Si l'image de Byzance qu'il propose n'est pas plus vraie», elle essaie de se conformer à l'horizon d'attente du public du XIIIe siècle. Déjà les romans antiques » avaient proposé un Orient mythique, monde fabuleux, exotique, incroyablement riche. Or telle est l'image de Constantinople que le chroniqueur nous offre. Il insiste d'abord sur ses immenses richesses car nus hom terriens, qui tant eust mes en le chité [si longtemps qu'il eût résidé dans la cité], ne le vous porroit nombrer ne aconter [décrire] [...] le chentisme part de le riqueche, ne de le biauté, ne de le nobleche qui estoit ès abeïes et ès moustiers et ès palais et en le vile»XCII, 182. Le regard ébloui détaille les diverses merveilles »30 de la cité les palais de Boucoléon et de Bla-kerne, le moustier Sainte Sophie, l'église des Saints Apôtres, les deux portes de la ville, celle du Manteau d'Or et la Porte Dorée, les Jeux de l'empereur l'antique Hippodrome, les colonnes des stylites, recouvertes d'images et d'inscriptions prophétisant toutes les aventures et toutes les conquestes qui sont avenues en Constantinoble, ne [ou] qui avenir i devoient» Ibidem. Villehardouin, quant à lui, se contente de mentionner, en conquérant, l'importance du butin Là refu li tresors si très granz trovez, [.] et fu si granz li gaains faiz que nus ne vos en sauroit dire la fin, d'or et d'argent, et de vaisselement et de pierres precieuses, et de samiz et de dras de soies, et de robes vaires et grises et hermines, et toz les chiers avoirs qui onques furent trové en terre [et le butin fut si grand qu'on ne saurait l'évaluer or et argent, vaisselle et pierres précieuses, samit et étoffes de vair, de petit-gris et d'hermine, et tous les biens de prix qui fussent jamais trouvés sur terre] » LV, 128. 33La ville est tout aussi riche en reliques deux morceaux de la vraie Croix», le fer de la Lance, une fiole contenant le Sang du Christ, la Couronne d'épines, etc. ; également en objets possédant des vertus médicales miraculeuses les colonnes de Sainte Sophie censées guérir du mal de reins et autres maux divers ou le tuyau qui faisait sortir le venin» du corps. La profusion des reliques est destinée à susciter l'admiration du lecteur, tout comme elles auront ébloui le modeste chevalier qu'était Clari, mais nullement à reconnaître à Constantinople le statut de cité privilégiée, protégée » par ces saintes reliques. Au contraire, lors du premier siège de Constantinople, Mur-zuphle tente un coup de force à la tête de 4 000 hommes armés, emportant avec lui une icône de Notre Dame que li empereeur portent avec aus quant il vont en bataille ; et si grant fianche ont en chel ansconne que il croient bien que nus qui le port en batalle ne puet estre desconfis » LXVI, 146. Après un premier moment d'hésitation, les Français décideront qu'il vaut mieux morir en desfendant que en fuiant». Ils fonceront sur les Grecs qui, désemparés devant tant de bravoure, abandonneront l'enseigne impériale, l'icône et un riche butin. L'épisode est rapporté par les deux chroniqueurs qui insistent sur le signe » que la perte signifie A l'aide de Dieu, fu desconfiz l'emperere Morchufles» Villehardouin, XLIX, 122; pour chou que Morchophles ne le portoit mie a droit, creons nous qu'il fu desconfis » Clari, LXVI, 146. La perte de l'icône est également perçue par Choniatès comme un châtiment divin, qui marque le début des calamités. 34Si la profusion de reliques ne garantit plus l'invulnérabilité de la cité, elle confirme peut-être que, pour les croisés, Constantinople l'Orient n'est pas seulement l'enjeu d'un combat terrestre mais aussi le but d'une quête spirituelle. La cité impériale apparaît dans les deux chroniques françaises comme un lieu mythique, qui permet et justifie sa substitution à Jérusalem. 35Dans la même ligne d'exotisme s'inscrit la description donnée par Clari des Coumans, alliés de Johannitsa le Blaque Che sont une gent sauvage, qui ne erent [labourent] ne ne semment, ne n'ont borde [cahutes] ne maison, ains ont unes tentes de feutre, uns habitacles ou il se muchent [se réfugient], et si vivent de lait, de formage et de char. [...] Cascuns d'aus a bien dix chevax ou douze ; si les ont si duits [dressés] qu'il les sivent partout là où il les voellent mener. Ils n'ont pour armes qu'unes vesteures de piax de mouton et portent ars et saietes [flèches] avec aus LXV, 144. 36Villehardouin, qui les mentionne aussi, ne retient aucun de ces détails pittoresques, mais se borne à dire qu'ils n'estoient mie bap-tezié» LXXIX, 151, qu'ils feignent de prendre la fuite devant les Français pour contre-attaquer ensuite, comme gens qui ne savoient mie assez d'armes», ce qui sème la déroute parmi les chevaliers LXXXI, 153. 37Clari propose encore plusieurs épisodes qui tiennent du romanesque. Lors du premier assaut de la ville, les dames et demoiselles montees as fenestres [...] et as murs de le chité [admirent les Français qui leur semblent des anges], si erent il bel, pour chou qu'il estoient si belement armé et leur cheval si belement couvert» XLVII, 120. Elles blâmeront d'ailleurs durement Alexis III pour s'être honteusement retiré devant ces beaux chevaliers. Ce n'est pas que l'épisode, rappelant mainte description de tournois dans les romans chevaleresques, fasse vrai ». Mais il propose de l'événement et finalement de l'autre un visage familier. 31 Clari ajoute que ces deux statues se trouvaient devant les bancs des changeurs, croulant sous les m ... 32 Le Legs du Moyen Âge, Melun, 1950, p. 234. 33 Les images et inscriptions recouvrant les deux colonnes du centre de la ville traduisent la même di ... 38Parmi les exotismes et merveilles énumérés par le chroniqueur, deux méritent une attention particulière. La porte du Manteau d'Or est surmontée d'une statue de cuivre, couverte d'un manteau d'or et portant l'inscription suivante tout chil qui mainent en Constantinoble un an doivent avoir mantel d'or aussi comme jou ai» LXXXVIII, 178. Deux autres statues de femmes, si bien faites et si natureument et si beles que trop », représentent une autre merveille. L'une d'elles, la main tendue vers l'Occident, portait l'inscription suivante De vers Occident venront chil qui Constantinoble conquerront». Et li autres ymages tendoit [se] main en vilain lieu, si disoit 'Ichi les boutera on' » XCI, 18031. L'auteur était-il capable de lire les inscriptions dont il restitue» le sens ? Il ne connaissait certainement pas le grec. Selon Pauphilet, Clari aurait été renseigné par les Latins résidant à Constantinople, gens ignorants et crédules » qui lui auraient transmis un curieux folklore, superstitieux, cocasse et prophétique32 ». Il me semble plutôt que par la description de ces statues Clari tente de restituer» l'image que les uns se faisaient des autres. Pour les Latins, Constantinople est la source de toute richesse il suffirait d'y vivre un an pour se revêtir d'or. Les statues de femmes traduisent, d'une part le sentiment de supériorité des conquérants, dont l'entreprise est voulue par la Providence», d'autre part l'hostilité des vaincus, qui voudraient les voir jeter en un vilain lieu»33. 39Connaître l'autre veut dire aussi essayer de le comprendre. Les chapitres XVIII-XXIX de la chronique de Clari représentent, on l'a vu, une longue digression pour rappeler les événements passés à Constantinople pendant la seconde moitié du XIIe siècle. Ces explications restent sans doute insuffisantes et pour la plupart fausses. La trame faite d'intrigues de cour, d'usurpations et de meurtres offre au lecteur une sorte de couleur locale », l'image de l'anarchie byzantine et des menaces qui guettent l'Empire. Le tableau apparaît toutefois si noir qu'il est légitime de croire que ces histoires ont pu circuler parmi les croisés avant qu'ils atteignent Constantinople. Cet effort» pour connaître l'autre est toutefois infléchi par l'effet de propagande. 34 Le style historique dans les récits français et latins de la IVe croisade, Lille, Champion-Slatkine ... 40Gérard Jacquin remarque avec raison que la plupart de ces récits relèvent du conte par un certain flou chronologique et une forte valorisation morale l'empereur Isaac sera couronné le jour même où il devait être assassiné34. La fin» de la digression reste pourtant ouverte, puisque le dernier traître et usurpateur, Murzuphle, n'a pas été puni il appartient aux croisés de rétablir la justice et de donner à l'aventure un dénouement heureux. 35 Relatant le même épisode, Choniatès signale une entorse au protocole. La coutume ancestrale exigeai ... 41Enfin, Clari s'efforce de présenter la vie à Constantinople, les mœurs de ses habitants. Il décrit les jeux de l'Hippodrome, qu'il connaît sans doute par ouï-dire, les fêtes qui marquent le retour au pouvoir d'Isaac et de son fils. Il nous fait même assister à un début d'acculturation le cérémonial du couronnement de Baudouin emprunte des gestes et des pièces de vêtements utlisés traditionnellement pour le couronnement des empereurs byzantins le palle molt rikes et molt nobles », manteau impérial drapé à la manière d'une toge, et le molt rike mantel, qui tous estoit charkiés de rikes pierres precieuses... et resplendissoient si que che sanloit que li mantiaus fust alumés [lumineux]» XCVI, 188-19035. L'autre inconnaissable 42Le même peut-il être contaminé» par l'autre, quelque peu changé » en lui ? Le même et l'autre ne sont pas en fin de compte si différents lors du siège d'Andrinople, Henri de Flandre, frère de Baudouin, prend pour Grecs les Francs qui y allaient secourir l'empereur. Dans un premier moment, les deux côtés courent aux armes, avant de se reconnaître Villehardouin, LXXVII, 158. 36 Izvoare…, p. 325. 43Il y a pourtant une figure irréductible, soustraite à toute classification. Ni autre» ni même», ni proche» ni étranger», inconnaissable, tel apparaît Johannitsa, roi des Blaques. Villehardouin comme Choniatès nous en ont livré un portrait bien sombre. Le Français signale sa frénésie et sa soif de destruction il prend de force les cités de Naples, Rodosto, Panedor et Héraclée, Daonium et Churlot. Partout il en massacre les défenseurs, déporte le menu peuple et, à chaque fois, fist tote la cité fondre et abatre» XCV, 166; XCVI, 167; XCVII, 167 ; ce leitmotif scande les incursions des armées blaques. Johannitsa ignore toute pitié, même envers ceux qui s'étaient rendus à lui et auxquels il avait promis protection. Et sachiez que tuit li chastel et totes les cités qui s'erent rendus à Johannis, et cui il avoit asseurez [auxquelles il avait donné des garanties], erent tuit fondu et destruit» XCVII, 167. Choniatès le décrit comme un homme aimant le sang36 », lui attribuant le meurtre monstrueux de Baudouin, capturé à Andrinople 37 Ibid, p. 335. Georges Akropolitès ajoute qu’il avait fait de son crâne une L'ayant tiré de sa prison, il ordonne que devant lui on lui tranche, à l'aide d'une hachette, les jambes au-dessous des genoux et les bras au-dessous des coudes et qu'on le fasse jeter dans un ravin. Après avoir été laissé pendant trois jours en pâture aux oiseaux, [Baudouin] est mort de façon pitoyable37. 38 DUFOURNET, Les écrivains de la IVe croisade, p. 285. 44Cette cruauté détermine les Grecs à se tourner vers les croisés, après s'être révoltés contre eux à l'instigation du même Johannitsa. Et, dans un surplus d'objectivité», Villehardouin leur donne la parole pour condamner la mauvaise foi du Blaque Sire, quant nos nos rendimes à toi, et nos nos revelames contre les Francs, tu nos juras que tu nos garderoies en bone foi et sauveroies. Tu ne l'as pas fait, ains as destruite Romenie» XCVIII, 169. Car, pour Villehardouin comme pour Choniatès, le grand tort de Johannitsa est de ne pas respecter ses engagements. Il ne tient pas parole envers les Grecs de Philippopoli qui s'étaient pourtant tournés vers lui il fit exécuter l'archevêque, écorcher vifs ou décapiter les chefs de la cité, déporter le menu peuple, détruire la ville, une des trois meillors de l'empire de Constantinople» XCII, 163; une déloyauté aggravée par une hypocrisie particulièrement raffinée38». Après la reddition du château de la Serre, trop précipitée selon Villehardouin, Johannitsa jura aux habitants, avec vingt cinq de ses plus hauz homes », qu'il les conduirait sains et saufs, avec leurs armes et leurs chevaux, à Salonique, à Constantinople ou en Hongrie. Pendant trois jours lor fist molt bel semblant et lor envoia ses presenz » XC, 161. Mais ensuite il s'empara de leur avoir, décapita les plus grands et fit mener en Bla-quie nuz et deschauz et à pié [...] les povres et les menus » Ibidem. Cette duplicité foncière de Johannitsa suscite l'horreur du chroniqueur, défenseur de la loyauté comme la plus haute vertu. C'est l'ambiguïté constitutive du personnage, l'impossibilité à le classer, qui fait taire à Villehardouin que Johannitsa était chrétien, qu'il reconnaissait la suprématie du pape, lequel lui avait remis sceptrum regni et regium diadema. 45Comme d'habitude, Clari propose une image plus nuancée. Johannitsa avait recherché l'alliance des Francs en échange de se voir reconnaître roi de son pays, il promet de se constituer leur vassal et de les aider à prendre Constantinople à la tête d'une armée de 100 000 hommes LXIV, 142. Les barons repousseront son offre brutalement et avec hauteur si respondirent que ne de lui ne de s'aiwe [aide] n'avoient il cure, mais bien seust il que [...] mal li feroient s'il pooient et il leur vendi puis molt kier [il le leur fit payer très cher par la suite] » LXV, 144. En effet, au siège d'Andrinople, quand les Latins virent les Coumans alliés de Johannitsa, a ches plichons [pelisses] vestus, si ne les douterent ne ne prisierent nient plus que une trope d'enfans [ne les estimèrent pas plus qu'une troupe d'enfants] ». Mais eux si courent sus aus Franchois, si en ochisent mout, si les desconfisent il tous en chele batalle. Si fu perdus li empereres, que on ne seut onques que il devint» CXII, 208. Selon Clari, Dieu punit ainsi les Latins pour leur orguel et pour le male foi qu'il avoient portee a le povre gent de l'ost, et les oribles pekiés qu'il avoient fais en le chité, après chou qu'i l'eurent prise » Ibidem - Je souligne aveu de culpabilité et reconnaissance des torts des conquérants qui n'étaient peut-être pas dans leur bon droit. Villehardouin semble suggérer qu'avec un homme aussi rusé il n'y avait pas d'autre solution possible. 46Pierre de Bracheux, le héros préféré de Clari, n'hésite pas à rendre visite à Johannitsa, qui se révèle à cette occasion un homme aussi courageux qu'instruit. Il s'étonne» que de si bons chevaliers soient venus de si loin pour conquerre terre et, lorsque le Français évoque, pour justifier l'entreprise, l'histoire de Troie la Grant, le Blaque répond qu'il la connaissait depuis longtemps cf. CVI, 200. En somme, Johannitsa n'était pas un sauvage méprisable puisque li Apostoiles y envoia un cardounal pour lui coroner si fu coronés a roi » LXV, 144 et que l'empereur Henri acceptera d'épouser la fille du roi blaque, qui le comblera de présents cf. CXVII. 47Villehardouin et Choniatès donnent un portrait noir de Johannitsa parce que, à force de vouloir être tantôt avec les uns tantôt avec les autres, celui-ci n'est ni étranger ni prochain sa duplicité le rend inclassable. L'autre reconnu 39 La tentation de l’Orient dans le roman médiéval. Sur l’imaginaire médiéval de l’Autre, Paris, Champ ... 48Opaque, imaginé ou inclassable, l'autre est-il voué à rester inconnaisable, muré dans son altérité? Il peut devenir le prochain» à condition de renoncer à sa différence, de partager le système de valeurs de l'autre. Ainsi que le remarque Catherine Gaullier-Bou-gassas, l'Autre oriental n'est célébré qu'après avoir été assimilé à une figure du Même39 ». Autrement dit, il doit partager les valeurs de l'Occident, sinon s'y soumettre, au risque de ne conserver de son identité que sa fabuleuse richesse. Tel apparaît Manuel Comnène 49 Molt preudons [.] et li plus rikes de tous les crestiens, [.] chis empereres amoit molt Franchois et mout les creoit» Clari, XVIII, 68. Il sera toutefois obligé d'expulser les Francs de Constantinople sous peine de se voir retirer l'appui de ses sujets. 50Mais le même peut lui aussi s'aliéner et devenir autre». La seror le roi de France», Agnès, sœur de Philippe-Auguste, que les barons francs souhaitent rencontrer après avoir rétabli Alexis sur le trône, leur fist molt mauvais sanlant». Elle prétend ne pas comprendre le français et fait appel à un latimier [interprète] LIII, 128. En fait, veuve de deux empereurs, Alexis II et Andronic, fort mêlée aux intrigues de la cour, elle espérait faire monter sur le trône son troisième mari, Théodore Branas. Là encore, l'intérêt politique est responsable de la perte d'identité et du brusque oubli» de la langue maternelle. 51L'autre peut toutefois être accepté en tant que tel à condition d'être reconnu» comme prochain. Clari nous raconte l'histoire extraordinaire du roi de Nubie ». Image-standard de l'autre exotique, noir de peau, ce roi, dont le pays estoit encore chens journees de la Jherusalem », était venu en pèlerinage à la ville Sainte, avait poursuivi jusqu'à Constantinople et déclaré, lui aussi à travers un interprète -dans son cas c'est tout naturel - avoir l'intention de continuer jusqu'à Rome et, plus loin, à Saint Jacques, et puis revenir s'ent ariere en Jherusalem, s'il pooit tant vivre » LIV, 130. Ce roi noir, qui refait le trajet du christianisme, unissant Orient et Occident, est chrétien, comme tout son peuple. Il le prouve par la croix qu'il porte en mi le front, qui li avoit esté faite d'un caut fer» Ibidem, reçue, comme tous ceux de sa terre, au moment du baptême. Cette croix inscrite dans la chair, non pas cousue sur le vêtement, donne son identité profonde et fait reconnaître dans l'étranger le prochain. Qui est mon prochain ? 40 CHONIATÈS, Izvoare…, p. 317. 52L'autre ne peut-il être reconnu qu'à la condition d'arborer un signe distinctif qui l'identifie comme prochain? Ne peut-on pas arracher son masque, l'obliger à se dévoiler? Johannitsa le fait au siège d'Andri-nople, voulant connaître les plans de l'ennemi et sa façon de combattre40». Il fera attaquer leurs provisions par ses alliés Scithes, sans plus. Le lendemain, il fera répéter l'opération, mais les Latins se laisseront cette fois-ci entraîner trop loin, au lieu où on leur avait préparé un piège et où les ennemis guettaient» Ibidem. Ces gens à la nuque raide», à cause de leurs armures, sont désarçonnés et succombent sous le nombre. Ainsi périt la fleur des troupes latines et ses plus fameux combattants à la lance» Ibidem. Le comte Louis de Blois y trouva également la mort et l'empereur Baudouin y fut capturé. 41 Blessé, le marquis de Montferrat sera abandonné par les siens lorsqu’ils 53Mais ne peut-on pas démasquer l'autre en dehors d'une attitude utilitaire, visant à se l'approprier? Certes, il n'est question d'aucun côté de dépossession de soi, condition indispensable à une authentique connaissance de l'autre. Pourtant Villehardouin, le plus réfractaire » à ce qui est différent, semble répondre à cette question par l'affirmative. La fin de sa chronique nous présente les Latins attaqués de partout, en butte à toutes les difficultés, à toutes les divisions, à toutes les déloyautés41. Même atmosphère sombre de trahisons, d'intrigues dans la dernière partie de la chronique de Clari. On dirait que les Latins ont été contaminés par la déloyauté des Grecs et ont transmis à ceux-ci leur cupidité. Le vainqueur» est devenu vaincu» ou, plutôt, il en partage la condition. Le même et l'autre ne sont plus si différents, ils sont devenus semblables dans la fragilité, dans l'échec. 42 E. LÉVINAS, La pensée de l’être et la question de l’autre », De Dieu qui vient à l’idée, Paris, J ... 43 E. LÉVINAS, De l’Un à l’Autre. Transcendance et Temps », Entre nous. Essais sur le penser-à-l’aut ... 54Les deux chroniques françaises s'achèvent sur une image de grans desconfiture et de mort, suprême dépossession de soi. C'est justement la mort de l'autre qui met en cause et en question le même, lui rappelant que l'autre lui est intérieur, qu'il en est, d'une certaine façon, responsable. Si la voix qui appelle l'autre par son nom ne se fait pas encore entendre, obligeant chacun à reconnaître celui qui l'appelle et à se connaître lui-même - telle Marie-Madeleine dans le jardin du Golgotha ayant reconnu le Maître lorsqu'il l'appelle par son nom cf. Jn 20, 11-17 - la constatation d'une commune vulnérabilité dévoile un début de sympathie. Le prochain n'est pas forcément celui qui me ressemble, qui est comme moi, mais aussi celui qui est différent, même si cette différence est difficile à connaître et à accepter. C'est dans ce dérangement incessant du même par l'autre42 », dans ce rappel de ma responsabilité par le visage qui m'assigne, [...] c'est dans cette mise en question qu'autrui est prochain43 ».

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